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Conseillère en image Colorimétrie

Faire sa colorimétrie soi-même, ce qui marche et ce qui trompe

Trois tests à faire chez soi avec ce que vous avez déjà, leurs limites réelles, et le moment précis où l'oeil d'une professionnelle change quelque chose.

Deux grands rectangles de tissu, l'un blanc pur et l'autre blanc casse, sont poses cote a cote sur fond blanc pres d'une fenetre, avec un petit miroir rond a cadre dore et un miroir a cadre argente poses devant eux

En brefOn peut déterminer seule son sous-ton et son niveau de contraste avec deux tissus blancs et un miroir près d'une fenêtre, au nord, sans maquillage. Ce qui résiste à l'autodiagnostic, c'est la saison précise et l'intensité supportée : elles demandent de comparer des dizaines de nuances côte à côte, ce qu'un miroir seul ne permet pas.

La colorimétrie a une réputation d'ésotérisme qu'elle ne mérite pas. Le principe tient en une phrase : certaines couleurs posées près de votre visage l'éclairent, d'autres l'éteignent, et cela ne dépend pas de votre goût mais de la façon dont la lumière rebondit entre le tissu et votre peau.

La question qui suit est légitime : faut-il vraiment payer quelqu'un pour ça ? Réponse honnête : une partie se fait très bien seule, une autre non. Ce guide sépare les deux.

Les conditions, avant tout le reste

Aucun test ne vaut si les conditions sont mauvaises, et c'est là que la plupart des autodiagnostics échouent avant d'avoir commencé.

La lumière du jour, et elle seule. Une ampoule chaude jaunit tout, un néon verdit tout, et un plafonnier mélange les deux. Placez-vous devant une fenêtre, de préférence orientée au nord, où la lumière est la plus constante. En pleine journée, ciel couvert de préférence : un soleil direct écrase les nuances.

Aucun maquillage. Le fond de teint est précisément conçu pour uniformiser ce que vous cherchez à observer. Démaquillez-vous entièrement, y compris les lèvres.

Les cheveux couverts. Une serviette blanche ou grise. Une coloration modifie l'impression générale et fausse tout, surtout si elle a été choisie en accord avec des couleurs que vous portez déjà.

Un environnement neutre. Un mur coloré derrière vous renvoie sa teinte sur votre peau. Un pull rouge sur les épaules aussi.

Ces quatre conditions ne sont pas des précautions de puriste. Négligez-en une, et vous conclurez avec assurance quelque chose de faux.

Deux carres de tissu, l'un blanc pur et l'autre blanc casse, poses cote a cote pres d'une fenetre sur un plan de travail clair, avec un miroir rond appuye derriere eux

Test 1 : le sous-ton, avec deux blancs

C'est le test le plus fiable qu'on puisse faire seule, et il ne demande que deux tissus : un blanc pur, un blanc cassé ou crème. Deux taies d'oreiller, deux serviettes, deux tee-shirts.

Posez le blanc pur sous votre menton, regardez-vous trente secondes. Remplacez par le blanc cassé, même durée. Alternez deux ou trois fois.

Ne cherchez pas laquelle vous plaît. Cherchez ce qui arrive au visage :

  • Le teint s'unifie, les cernes s'atténuent, les traits se posent. La couleur vous va.
  • Le teint tire vers le gris ou le jaune, les cernes ressortent, les plis se creusent. La couleur ne vous va pas.

Si le blanc pur gagne nettement, votre sous-ton est plutôt froid. Si c'est le blanc cassé, plutôt chaud. Si les deux se valent, vous êtes probablement neutre, ce qui est plus fréquent qu'on ne le dit.

Le guide sur le sous-ton froid ou chaud détaille les autres indices, veines, réaction au soleil, et la façon de les recouper.

Test 2 : les bijoux

Même principe, autre support. Un bijou doré et un bijou argenté, portés alternativement près du visage.

L'or réchauffe et convient généralement aux sous-tons chauds. L'argent refroidit et convient aux froids. Les neutres portent les deux, et c'est précisément ce qui rend le test décevant pour eux.

Ce test a une limite que peu de gens signalent : il dépend beaucoup de la brillance et de la largeur du bijou. Une fine chaîne ne renvoie presque rien, un collier plastron renvoie beaucoup. Comparez des pièces de taille comparable, ou le test mesure la surface plutôt que la teinte. La question est reprise en détail dans le guide sur doré ou argenté.

Test 3 : le contraste, en photo noir et blanc

Celui-là est souvent oublié, et c'est pourtant le plus utile au quotidien.

Prenez une photo de votre visage, sans maquillage, en lumière du jour, puis passez-la en noir et blanc. Observez l'écart entre trois zones : les cheveux, la peau, les yeux.

  • Écart marqué, cheveux très foncés sur peau claire par exemple : vous portez un contraste élevé. Les associations franches, marine et blanc, vous vont naturellement.
  • Écart faible, tout se situe dans une même plage de gris : votre contraste est doux. Les camaïeux et les nuances proches vous servent mieux que les oppositions.

Ce paramètre décide de la façon d'associer plus que du choix des teintes elles-mêmes. Il explique pourquoi deux personnes de même sous-ton portent pourtant très différemment le même ensemble.

Un nuancier de tissus en degrade allant du gris tres clair au noir profond, dispose en eventail sur fond blanc

Pourquoi une couleur change selon ce qui l'entoure

Voici le mécanisme qui explique pourquoi le test se fait par comparaison, et pourquoi les conditions comptent autant.

Une couleur n'est jamais perçue seule. Elle est perçue par rapport à ce qui la touche, et l'oeil exagère les écarts. Ce phénomène a été décrit au dix-neuvième siècle par Michel-Eugène Chevreul, alors directeur des teintures des Gobelins, dans son ouvrage De la loi du contraste simultané des couleurs. Il enquêtait sur des plaintes de teinturiers dont les fils paraissaient ternes une fois tissés : la teinture était bonne, c'était le voisinage qui la modifiait.

Le même effet joue sur votre visage. Un tissu posé sous le menton déplace la perception de votre teint, et votre teint déplace en retour la perception du tissu. C'est exactement ce qu'on cherche à observer, et c'est aussi pourquoi un mur coloré ou un pull resté sur les épaules suffit à fausser le résultat.

Deuxième raison de soigner les conditions : la mesure d'une couleur n'a de sens que si l'on précise dans quelles conditions elle est faite. L'Encyclopédie Universalis le formule sobrement dans sa page sur les variations de la perception des couleurs en rappelant que les conditions d'une mesure des couleurs doivent être strictement spécifiées pour que les résultats soient reproductibles. Une analyse faite un jour sous une ampoule et un autre jour près d'une fenêtre ne compare rien.

La même page rappelle un second point utile : la perception des couleurs varie d'une personne à l'autre, même à vision normale. Deux amies penchées sur le même drapé ne verront pas exactement la même chose, ce qui n'est pas une raison d'écarter leur avis, mais une raison de ne pas lui faire dire plus qu'il ne peut.

Combien de temps cela prend, vraiment

Une demi-heure suffit pour les trois tests, à condition de ne pas les enchaîner trop vite.

Regardez chaque drapé une trentaine de secondes, pas trois. L'oeil s'adapte, et les premières secondes trompent : il y a toujours un effet de nouveauté qui fait paraître intéressante la couleur qu'on vient de poser.

Faites des pauses en regardant une surface neutre entre deux essais. Après cinq ou six comparaisons d'affilée, la fatigue visuelle s'installe et tout finit par se ressembler.

Notez au fur et à mesure plutôt qu'à la fin. Une impression ne survit pas à trois autres impressions, et l'on reconstruit volontiers ce qu'on croit avoir vu.

Ce que l'autodiagnostic ne donne pas

Trois choses résistent, et il vaut mieux le savoir avant de conclure.

La saison précise. Les grilles à quatre ou douze saisons reposent sur trois axes croisés : la température, l'intensité et la clarté. Les tests maison en donnent un, parfois deux. Se ranger dans une saison à partir d'un seul axe produit un résultat qui paraît juste et qui ne l'est pas. Le guide sur les 12 saisons montre à quel point les cases voisines se ressemblent.

L'intensité supportée. Deux personnes de sous-ton froid ne supportent pas la même saturation. L'une porte un fuchsia franc, l'autre est effacée par lui et a besoin d'un rose poudré. Cela ne se déduit pas, cela se constate en comparant des nuances proches côte à côte.

Vos angles morts. On regarde son propre visage avec des années d'habitude et d'idées reçues. Beaucoup de personnes écartent d'emblée une famille de couleurs parce qu'on leur a dit une fois qu'elle ne leur allait pas.

Ce que fait une professionnelle que vous ne pouvez pas faire

Ce n'est pas une question de don, c'est une question de matériel et de méthode.

Des dizaines de drapés, comparés deux à deux. Un jeu professionnel contient des tissus calibrés couvrant chaque famille dans plusieurs intensités. L'exercice consiste à éliminer par comparaisons successives, ce qui est impossible avec trois foulards.

Une lumière maîtrisée. Lumière du jour reconstituée, constante, identique d'une séance à l'autre.

Un regard extérieur et entraîné. Elle observe des visages toute la journée, et elle n'a pas d'idée préconçue sur le vôtre.

La traduction en achats. Une palette n'a d'intérêt que rapportée à votre garde-robe et à ce que vous trouvez en magasin. C'est souvent cette partie qui justifie la séance, davantage que l'analyse elle-même.

Une méthode raisonnable

Faites les trois tests maison. Ils vous donnent gratuitement le sous-ton et le contraste, soit l'essentiel de ce qui sert au quotidien.

Vivez trois mois avec ces deux repères. Achetez en les appliquant, observez ce que vous portez vraiment.

Si vous butez toujours sur les mêmes questions, si le rayon vous paraît toujours aussi vaste, c'est le moment de faire faire l'analyse complète. Vous arriverez avec des observations, ce qui rend la séance nettement plus utile qu'une séance faite à froid. Anaël rappelle d'ailleurs que bronzer ne change pas votre colorimétrie, ce qui répond à une inquiétude fréquente au moment de choisir sa date.

Trois echantillons de tissu bleu de saturations differentes, du bleu glacier au bleu roi profond, poses en ligne sur fond blanc a cote d'un miroir a main

Les erreurs qui reviennent

Tester avec du maquillage. L'erreur numéro un, et elle invalide tout.

Conclure sur une seule couleur. Un test se fait par comparaison. Une couleur observée seule ne dit rien.

Confondre « ça me va » et « j'aime ». Le test porte sur le visage, pas sur le goût. Rien ne vous empêche ensuite de porter une couleur qui ne vous éclaire pas, en la tenant loin du visage.

Prendre une grille pour une loi. Une palette est un point de départ. Une couleur hors palette portée avec un neutre bien choisi, ou éloignée du visage, passe très bien.

Questions fréquentes

Peut-on se fier aux tests de colorimétrie en ligne ?

Peu. Ils reposent sur une photo, et une photo est modifiée à chaque étape : la lumière de la prise de vue, le capteur du téléphone, la correction automatique, puis l'écran qui l'affiche. Ces tests donnent un résultat plausible et non vérifiable. Les trois tests décrits ici, faits en lumière naturelle avec de vrais tissus, sont plus fiables qu'un questionnaire en ligne.

La colorimétrie change-t-elle avec l'âge ?

Le sous-ton, non : il tient à la peau et ne bouge pas. Ce qui change, c'est le contraste. Des cheveux qui blanchissent réduisent l'écart entre la chevelure et la peau, et les associations très tranchées deviennent alors plus dures. La palette reste, la façon de l'associer se déplace.

Faut-il refaire son analyse après une coloration ?

Pas l'analyse, qui porte sur la peau. En revanche une coloration modifie le contraste, donc les associations qui vous vont. Si vous passez d'un châtain foncé à un blond clair, gardez votre palette et réexaminez vos façons de l'associer.

Que faire des couleurs qui ne sont pas dans ma palette ?

Les porter loin du visage. Une palette décrit ce qui se passe sous le menton, pas ce qui se passe aux pieds. Un pantalon, une jupe, un sac ou des chaussures dans une couleur qui ne vous éclaire pas ne posent aucun problème : rien ne se reflète sur votre teint à cette distance. La contrainte ne vaut vraiment que pour les hauts, les écharpes, les cols et les bijoux, c'est-à-dire pour une part assez réduite de la garde-robe.

En résumé

Le sous-ton et le contraste se déterminent seule, gratuitement, en une demi-heure, à condition de respecter les quatre règles de lumière et de maquillage.

La saison précise et l'intensité supportée demandent une comparaison que le matériel domestique ne permet pas.

La bonne question n'est donc pas « puis-je le faire seule », mais « jusqu'où ai-je besoin d'aller ». Pour beaucoup de gens, deux repères solides suffisent à transformer leurs achats. Pour d'autres, la précision d'une palette complète vaut la séance.

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