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Conseillère en image Colorimétrie

Le blanc ou le blanc cassé, lequel vous va

Blanc optique, ivoire, écru, crème : ces quatre blancs ne produisent pas le même effet sur un teint. Comment reconnaitre le vôtre en deux minutes.

Quatre étoffes blanches posées côte à côte sur un fond gris clair, un blanc optique très pur, un ivoire, un écru et un crème doré, éclairées en lumière du jour

En brefLe blanc optique est une couleur froide et très lumineuse : il va aux sous-tons froids et aux contrastes marqués. L'ivoire, l'écru et le crème sont des blancs réchauffés par une pointe de jaune ou de rouge : ils vont aux sous-tons chauds et aux contrastes doux. Le test se fait à la lumière du jour, en posant deux blancs côte à côte sous le menton, et c'est le teint qu'on regarde, jamais le tissu.

« Une chemise blanche va à tout le monde. » La phrase est vraie au mot près, et fausse dès qu'on la précise : il n'existe pas un blanc, il en existe une famille entière, et l'écart entre deux d'entre eux fait autant de différence que l'écart entre deux couleurs franches.

Ce guide distingue les quatre blancs qu'on trouve en magasin, explique ce que chacun fait à un teint, et donne le test qui tranche en deux minutes.

Quatre blancs, pas un

Le blanc optique. Le plus froid et le plus lumineux. Il contient souvent un azurant, un agent qui renvoie une pointe de bleu pour paraitre plus blanc que blanc. C'est le blanc des chemises de bureau et des tee-shirts neufs.

L'ivoire. Un blanc réchauffé d'une goutte de jaune. Il reste clair mais il perd l'agressivité du blanc optique. C'est le blanc du papier épais et de la soie naturelle.

L'écru. Un blanc non blanchi, celui de la fibre avant traitement. Il tire vers le beige très pâle, parfois vers le gris chaud. C'est le blanc du lin brut et du coton non traité.

Le crème. Le plus chaud des quatre, réchauffé de jaune et parfois d'une pointe de rouge. Il touche presque au coquille d'œuf.

Entre le premier et le dernier, l'écart de température est considérable. Poser l'un puis l'autre sous un visage revient à changer de couleur, pas de nuance.

Quatre étoffes blanches posées en ligne sur un fond gris moyen, du blanc optique le plus froid au crème le plus chaud, photographiées en lumière naturelle de côté

Pourquoi le tissu change le teint

Deux surfaces voisines ne se regardent jamais séparément : chacune modifie l'apparence de l'autre. Le chimiste Michel Eugène Chevreul, alors directeur des teintures aux Gobelins, a formalisé ce phénomène en 1839 dans De la loi du contraste simultané des couleurs, après avoir cherché pourquoi certaines laines paraissaient ternes une fois tissées à côté d'autres.

Le principe vaut pour un col contre un cou. Un blanc froid posé sous une peau dorée renvoie à cette peau sa propre chaleur, qui devient soudain jaune. Le même blanc sous une peau rosée ne fait rien de tel, parce qu'il n'y a rien à opposer.

L'encyclopédie Universalis résume les mécanismes en jeu dans son chapitre sur les variations de la perception des couleurs : une couleur n'existe pas seule, elle se voit toujours en relation avec ce qui l'entoure et avec la lumière qui l'éclaire.

C'est le même raisonnement que dans trouver son sous-ton, froid ou chaud, appliqué à la couleur qu'on croyait neutre.

À qui va le blanc optique

Il demande deux conditions, et il faut les deux.

Un sous-ton froid. Peau à reflets rosés ou bleutés, veines qui paraissent violettes au poignet, argent plus flatteur que doré. Le blanc optique s'accorde alors à la température de la peau au lieu de la contrarier.

Un contraste marqué. Le blanc optique est la valeur la plus claire qui existe en tissu. Posé sur un visage à contraste doux, il domine, exactement comme le noir domine dans l'autre sens. Le mécanisme est décrit dans le noir ne va pas à tout le monde.

Sur une brune à peau claire et froide, le blanc optique est superbe. Sur une blonde vénitienne à peau dorée, il éteint le teint et fait ressortir tout ce qui est rouge.

Anaël Tomanelli traite les deux couleurs réputées universelles dans le même article, blanc et noir, ces couleurs ne vont pas à tout le monde, et pour la même raison : ce sont les deux extrêmes de l'échelle des valeurs.

À qui vont les blancs cassés

L'ivoire convient au plus grand nombre. Il est assez clair pour éclairer, assez chaud pour ne pas jaunir une peau dorée, assez neutre pour ne pas gêner une peau froide. Si vous ne deviez garder qu'un blanc, ce serait celui-là.

L'écru demande une peau qui a du fond : teint doré, hâlé, mat ou foncé. Sur un teint très clair, il peut manquer de contraste et donner l'impression que la personne et le vêtement se confondent.

Le crème va aux sous-tons chauds marqués, et c'est le seul blanc qui fonctionne vraiment sur les peaux à dominante jaune ou olive. Il est en revanche difficile près d'un teint rosé, où il peut paraitre sale.

Trois hauts blancs cassés posés à plat sur une table de bois clair, un ivoire, un écru et un crème doré, vus de dessus en lumière naturelle

Le test en deux minutes

Il ne demande que deux vêtements blancs différents, et il se fait mieux à deux que seule.

Placez-vous près d'une fenêtre, sans soleil direct, sans maquillage marqué et sans rouge à lèvres. La lumière artificielle d'une salle de bain réchauffe tout et fausse le résultat.

Posez le premier blanc sous votre menton, puis le second, puis revenez au premier. L'alternance compte plus que l'observation prolongée : l'œil s'habitue en quelques secondes et cesse de voir l'écart.

Regardez votre teint, jamais le tissu. Trois zones : le dessous des yeux, le sillon entre le nez et la bouche, et le blanc des yeux. Le bon blanc les laisse tranquilles. Le mauvais creuse les cernes, jaunit ou grise.

Recommencez un autre jour. Une seule séance suffit rarement à trancher entre deux blancs voisins. La méthode complète est décrite dans faire sa colorimétrie soi-même.

Ce qui fausse le test

Le hâle. Une peau bronzée supporte des blancs plus chauds que la même peau en février. Le sous-ton n'a pas changé, l'intensité si. Testez en dehors des périodes d'exposition si vous voulez un résultat valable toute l'année.

Le blanc des cheveux gris. Un gris argenté très clair est lui-même un blanc froid, et il modifie le rapport. C'est le cas traité dans la couleur de cheveux et la colorimétrie.

L'usure du vêtement. Un blanc optique lavé cinquante fois a perdu ses azurants : il n'est plus un blanc optique, il est devenu un blanc cassé grisâtre, ce qui n'est pas la même chose qu'un ivoire. Un blanc gris éteint tout le monde.

La matière. Une soie ivoire et un coton ivoire ne renvoient pas la lumière de la même façon. Le mat diffuse, le brillant concentre. Testez si possible dans la matière que vous comptez acheter.

Deux chemises blanches posées côte à côte sur une table claire près d'une fenêtre, l'une en blanc optique très pur, l'autre en ivoire, la lumière du jour tombant de côté

Garder un blanc qui ne vous va pas

La même solution que pour le noir : l'éloigner du visage.

En bas. Un pantalon blanc, une jupe, des baskets : aucun effet sur le teint.

Sous une autre couche. Une chemise blanche sous un pull en V ne montre que son col, et la couleur dominante devient celle du pull.

Avec un écran. Une écharpe, un foulard, un collier large. Ce qui touche le cou devient la couleur qui compte.

Avec du maquillage. Un teint soutenu et une bouche affirmée rétablissent le contraste qu'un blanc trop clair écrase, à la condition d'accepter que la tenue impose le maquillage.

Le cas de la chemise blanche de travail

C'est la pièce où l'hésitation coûte le plus cher, parce qu'elle se porte souvent et près du visage.

Le réflexe habituel est de prendre un blanc optique, par souci de netteté. Or l'ivoire donne exactement la même impression de propreté dans un contexte professionnel, tout en allant à beaucoup plus de teints. Personne, en réunion, ne remarquera que votre chemise n'est pas d'un blanc de laboratoire. Tout le monde remarquera que vous avez bonne mine.

La seule situation qui impose un blanc franc est celle où le vêtement voisine un autre blanc pur, un col de blouse médicale par exemple, où deux blancs différents se voient immédiatement.

Le blanc selon la saison et le lieu

Deux variables déplacent le curseur sans changer votre sous-ton, et il vaut mieux les connaitre que de croire que votre diagnostic s'est trompé.

La lumière du lieu. Un blanc optique sous un éclairage de bureau, souvent froid et puissant, devient franchement bleuté. Le même blanc sous une lumière chaude de restaurant se rapproche de l'ivoire. Si vous hésitez entre deux blancs pour une pièce que vous porterez surtout au travail, faites l'essai final sur votre lieu de travail, pas chez vous.

La saison de la garde-robe. En hiver, le blanc voisine des couleurs sombres et profondes, ce qui augmente le contraste et rend le blanc optique plus supportable. En été, il voisine des couleurs claires et des peaux hâlées, ce qui le fait ressortir davantage. Beaucoup de femmes portent donc naturellement du blanc franc en hiver et de l'écru en été, sans avoir jamais formulé pourquoi.

Ces deux ajustements relèvent du même principe que la superposition, décrit dans superposer sans se noyer : ce n'est pas la pièce seule qui produit l'effet, c'est ce qui l'entoure.

Questions fréquentes

Comment reconnaitre un blanc optique en magasin ?

Comparez-le à une feuille de papier ordinaire tenue à côté. Le papier de bureau contient lui aussi des azurants, donc un blanc optique le rejoint presque, quand un ivoire ou un écru paraissent nettement plus jaunes à côté. Autre indice : sous une lumière noire, en discothèque ou dans certaines cabines, un blanc optique devient fluorescent, un blanc cassé reste sourd.

Le blanc cassé fait-il moins habillé ?

Non, et c'est souvent l'inverse. Un ivoire dans une matière de qualité lit comme un choix ; un blanc optique dans une matière bon marché lit comme un basique de rayon. Dans les tenues de cérémonie, l'ivoire et le crème sont d'ailleurs la norme plutôt que l'exception, parce qu'ils tiennent mieux la lumière des photographies que le blanc pur.

Peut-on mélanger deux blancs dans une même tenue ?

Oui, à condition que l'écart soit franc plutôt que léger. Un pantalon crème avec un haut ivoire fonctionne parce que les deux appartiennent à la même famille chaude. Un blanc optique avec un crème se voit comme une erreur, parce que l'œil lit un blanc sale à côté d'un blanc propre. La règle est la même que pour les autres couleurs, développée dans associer deux couleurs : soit très proche, soit franchement différent, jamais entre les deux.

Mon blanc a jauni, puis-je le rattraper ?

Un jaunissement dû au stockage se corrige souvent par un lavage avec un percarbonate et un séchage au soleil, le rayonnement agissant sur les pigments. Un jaunissement dû à la transpiration aux aisselles, en revanche, est une réaction chimique avec l'aluminium des déodorants, et il ne part pas. C'est la raison pour laquelle les chemises blanches se remplacent plus vite que les autres, un point abordé dans les matières qui vieillissent bien.

Une conseillère en image tranche-t-elle plus vite ?

Oui, parce qu'elle dispose d'étoffes d'essai étalonnées, où les quatre blancs sont côte à côte dans la même matière et le même grammage. C'est précisément ce qu'on ne peut pas reproduire chez soi avec deux vêtements dépareillés. Elle apporte aussi l'œil extérieur, qui regarde le teint pendant que vous regardez le vêtement.

Ce qu'il faut retenir

Il n'y a pas un blanc mais quatre : optique, ivoire, écru, crème. Le premier est froid et très lumineux, les trois autres sont réchauffés à des degrés différents.

Le blanc optique demande un sous-ton froid et un contraste marqué. L'ivoire va au plus grand nombre. L'écru demande un teint qui a du fond, le crème un sous-ton franchement chaud.

Le test tient en deux minutes près d'une fenêtre, en alternant deux blancs et en regardant le teint plutôt que le tissu. Et si le blanc qui vous plait ne vous va pas, il suffit de le descendre sous la taille.

Une conseillère en image fait ce départage sur étoffes étalonnées, où les quatre blancs existent dans la même matière, ce qu'aucune armoire ne contient. L'annuaire recense les professionnelles en exercice, ville par ville, avec leurs prestations et leurs tarifs.

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